Le Palais social ou le Familistere
de Guise dans l'Aisne
"Palais
social" est un équivalent de "Familistère",
mais désigne aussi plus particulièrement l'ensemble
des trois pavillons d'habitation élevés au centre de
la cité familistérienne.
La composition
urbaine générale est définie vers 1858 ; elle
fixe le cadre des différentes campagnes de construction menées
entre 1860 et 1880. L'organisation géométrique de l'espace
s'impose à la topographie irrégulière du site.
La place centrale du Familistère se trouve à la croisée
de deux axes constitutifs : l'axe "économique" est-ouest
de communication avec l'usine au-delà de la rivière
et l'axe " social " nord-sud qui va de la nourricerie au
théâtre.
Sur la
rive nord de la place s'élèvent les immeubles d'habitation
: trois parallélogrammes juxtaposés et reliés
par un angle forment le corps principal en retrait et les deux ailes
du palais dont la façade qui regarde la ville de Guise se développe
sur 170 mètres. Pour des raisons économiques et parce
qu'une telle entreprise sociale et culturelle doit procéder
par étapes, Jean-Baptiste-André Godin construit les
pavillons l'un après l'autre, d'est en ouest.
Après
l'achèvement du troisième immeuble en 1878, près
de 350 appartements sont proposés en location aux familles
des employés de l'usine sur la base d'un prix au mètre
carré, variable selon l'étage et l'exposition. 1200
habitants vivent alors au Palais social. En plus des conditions financières
avantageuses, les locataires bénéficient d'un confort
et d'une qualité de services inégalés à
cette époque dans le logement des classes populaires ou moyennes.
Le Palais social n'a cependant pas que des attraits pour la première
génération de familistériens. Les vertus de l'habitation
collective suscitent des réticences auprès d'une population
majoritairement d'extraction rurale. L'architecture et l'histoire
du palais sont marquées par la tension entre la discipline
collective et la liberté des individus dans l'espace commun
ou la sphère privée.
Le Palais
est une partie de l'apport de Jean-Baptiste-André Godin au
capital de l'Association coopérative du Capital et du Travail
créée en 1880. Les associés sont devenus collectivement
propriétaires des immeubles tout en restant individuellement
locataires de leur appartement.
Après
la dissolution de l'Association coopérative en 1968, les logements
du Palais social ont été mis en vente à prix
modéré par Godin S.A. Les appartements ont parfois été
acquis par leur ancien locataire. Des propriétaires bailleurs
privés ont saisi l'occasion d'investir avec profit un capital.
En une vingtaine d'années, la population du Palais social a
été largement renouvelée par l'arrivée
d'habitants sans lien avec le Familistère ou l'usine. Les logements
ont été transformés, agrandis, pas toujours modernisés.
En 2002, on recensait dans l'ensemble des trois bâtiments d'habitation
202 logements dont un tiers était vacant. Sans unité
coopérative, le Palais social avait perdu son sens et son attrait.